La parenthèse socialiste
En 1972, la révolte des étudiants, massivement appuyée par les lycéens et le monde ouvrier de la province de Tananarive aboutit à la chute du régime.
Le général Ramanantsoa, chef de l’état-major se voit confier par la rue les rênes du pouvoir. Mais celui-ci ne réussit pas à affermir son autorité et, confronté à l’aggravation des troubles et au risque d’éclatement du pays, préfère se retirer au début de 1975 en abandonnant le pouvoir aux mains du colonel Ratsimandrava, qui est assassiné au bout d’une semaine.
Au terme enfin d’une instabilité de plusieurs mois, une conjuration militaire place à la tête de l’État le capitaine de corvette Didier Ratsiraka, qui avait en charge le ministère des Affaires Etrangères sous le gouvernement de Ramanantsoa.
Ratsiraka, connu sous le surnom de l'Amiral rouge et plus tard sous le surnom de "Deba", prit le pouvoir en 1976 et dès son accès au pouvoir, Ratsiraka proclame sa volonté d’instaurer un régime « révolutionnaire », proche du « bloc socialiste », sous l’égide d’une Deuxième République.
De nombreux secteurs de l’économie sont ainsi nationalisés et un parti unique, l’AREMA (Avant-garde de la révolution Malgache) domine toute la vie politique.
Découragés, les investisseurs se retirent, entraînant une dégradation rapide de l’activité économique et une aggravation de la paupérisation. Des troubles, chaque fois durement réprimées, éclatent alors un peu partout, achevant de démoraliser la population.
Les années 80 sont les années de tous les dangers pour le pouvoir présidentiel : baisse d'année en année du revenu par habitant, augmentations de salaires des fonctionnaires plus qu'annulées par l'inflation, crise dans la capitale (construction de logements pour 200 000 habitants qui en comptent 800 000, un quart de la population vivant en dessous du seuil de la pauvreté), situation en province de plus en plus précaire, famine dans le sud après deux années de sécheresse en 1985 et 1986, flambée du prix du riz...
Constatant son échec, l'amiral-président Ratsiraka change son fusil d'épaule. Il fait appel au FMI et se retourne vers la France et l'Occident. Du régime socialiste, Madagascar s'engage sur la voie du libéralisme. Au bout d’une quinzaine d’années de ce régime, Madagascar se retrouve parmi les pays les plus pauvres de la planète.
La résistance au régime ne devient véritablement efficace qu’au début des années 90, sous l’impulsion du mouvement Hery Velona (Forces Vives) qui réussit en février 1993 à faire tomber Ratsiraka.
Le nouveau président, Albert Zafy, procède aussitôt à une libéralisation forcenée de toutes les institutions dans le cadre d’une Troisième République. Mais la situation, au lieu de s’améliorer se dégrade davantage encore.
Les investisseurs boudent Madagascar, d'autant que le pouvoir même est paralysé par les intrigues entre les clans rivaux dominant le Parlement, sur fond de corruption généralisée. Tout ceci aboutit à la destitution de Zafy par la Haute Cour Constitutionnelle (HCC) le 5 septembre 1996, la gestion du pouvoir étant confiée en interim au Premier ministre Norbert Ratsirahonana.
La nouvelle élection présidentielle qui se termine le 31 janvier 1997 consacre le retour de Didier Ratsiraka au pouvoir pour cinq ans.
En 1998, celui-ci organise un référendum renforçant le pouvoir présidentiel tout en procédant à la mise en place des « provinces autonomes » qui demeurent en fait sous son contrôle direct. Lors des élections présidentielles suivantes, au mois de décembre 2001, les résultats font l'objet de contestations entre Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana, maire d’Antananarivo.
C'est le début d'une crise politique qui va durer tout le premier semestre 2002, et qui aura d'importantes répercussions sur le plan économique.

